Portrait sous forme de métamorphose

Marion était une jeune fille d’une beauté surprenante, dans toutes les contrées on parlait de son visage d’ange, sur lequel le temps n’avait pas de prise.  De plus elle était serviable et gentille. La fraîcheur de ses 18 ans lui apportait un air candide qui en avait déjà séduit plus d’un, beaucoup de prétendants s’étaient déjà présentés à la porte de la chaumière de sa mère pour lui demander sa main,  la plupart était des paysans, ou des petits bourgeois mais qui n’étaient pas pour autant à la tête d’un gros pécule. Malgré tout ce monde se bousculant pour elle, Marion n’avait choisi personne, elle les avait tous éconduit avec méchanceté ou avec des excuses blessantes. Sa mère surprise par le comportement de sa fille  prit la résolution d’aller lui parler pour tenter de tirer de sa fille une explication à tous ces refus qui commençaient  à faire du bruit dans les villes alentour, et qui donnait à Marion la réputation d’être une fille « difficile » et « hautaine » . Elle demanda donc des explications à sa fille, qui lui répondit sans ménagement : « On me dit que je suis belle, magnifique, que mon visage est aussi resplendissant que le lever du soleil, et tu crois vraiment que je vais me contenter d’un simple paysan ou d’un bourgeois sans la fortune suffisante pour m’entretenir ?! Je suis aussi belle que Vénus , je suis sûre même que je la surpasse, cette déesse qui est sortie de son coquillage, et qui se sent ainsi supérieure. Je ne me marierai point avec quelqu’un d’insignifiant ; si je ne peux avoir un dieu, alors j’aurai un roi ou un prince. » A cette réponse la mère comprit que sa fille était devenue vaniteuse , et avait pris la grosse tête. Mais le pire était que, dans les paroles que sa fille venait de prononcer, elle avait commis un terrible acte d’hybris envers l’une des déesses à laquelle la mythologie avait attribué un très mauvais caractère, même s’il ne surpassait pas celui d’Héra. Sa mère se mit à pleurer, elle savait qu’elle vivait les derniers instants de sa fille, mais celle-ci voyant sa mère pleurer se permit de provoquer une nouvelle fois la déesse : « Ne sois pas bête, pourquoi pleures-tu ? Cette déesse de pacotille ne viendra pas et si elle ose venir eh bien je l’attends et je ne faillirai pas devant elle ! » . La réaction de la déesse ne se fit point attendre… Elle avait entendu les paroles de la jeune fille, mais elle était de bonne humeur, elle décida donc d’envoyer  un premier avertissement à Marion.

Nous sommes de retour à la chaumière où vit Marion. Quand une vieille femme a l’aspect misérable frappa à la porte, Marion, pensant que c’était encore un de ses prétendants, s’empressa d’aller ouvrir et on put lire sur son visage la déception et le dégoût à la vue de cette vieille femme : « Que veux-tu, manante ? » lui demanda-t-elle avec une pointe d’amertume dans la voix. La femme répondit : « Te mettre en garde, mon enfant, je suis une messagère de la déesse que tu as offensée, je te conseille d’aller à son temple, de faire une offrande et de rester toute une journée à prier pour qu’elle t’accorde son pardon. Sinon tu sais qu’un grand malheur s’abattra sur toi. » Mais Marion lui répondit :  » Jamais je ne m’abaisserai à m’excuser et encore moins à aller lui faire une offrande pour qu’elle se remplisse la panse ; je maintiendrai mes propos jusqu’à ce qu’elle vienne elle-même m’exprimer son mécontentement ». Soudain dans un jet de lumière la vieille femme se transforma en une magnifique déesse, aux longs cheveux couleur des blés : Vénus en personne ! Mais Marion comme elle l’avait promis ne tressaillit pas à  la vue de cette divinité ; Vénus prit la parole : « Tu as osé m’offenser, mais comme je suis d’une humeur joyeuse et vu ton jeune âge je me suis décidée à te donner une seconde chance, tu as décidé de n’en faire qu’à ta tête alors tu vas en payer le prix ! » . La déesse pointa son doigt vers Marion qui se savait perdue mais ne baissa pas pour autant son regard. Elle voulait mourir dignement, quand tout à coup sa mère s’interposa. Elle supplia la déesse à genoux d’épargner sa fille, de lui laisser la vie sauve : sa bêtise n’était que de la vanité due à son jeune âge, elle s’en repentirait plus tard. La déesse a peut-être un sale caractère mais elle ne manque pas pour autant de cœur et devant les larmes de cette mère qui exprimait tout l’amour qu’elle portait à son enfant la déesse répondit : « Très bien, elle ne mourra pas mais elle va devenir l’animal auquel elle ressemble le plus, celui qui malgré les avertissements reste sur ses positions, donc en plus d’être une tête de mule elle en aura le corps ». Tout à coup, Marion sentit son corps enfler, une force mystique la força à se mettre à poser les mains à terre, elle vit alors ses magnifiques mains toutes fines se transformer en sabots avec de la corne noire au bout et ses longs bras blancs devenir de longues pattes aux poils gris rêches et durs. Elle sentit son visage s’allonger, et de longues oreilles lui poussèrent. Elle courut , enfin galopa jusqu’à la rivière et elle vit son reflet dans l’eau, elle l’ancienne beauté dont on parlait, ce si beau visage que tout le monde avait admiré et qui n’était maintenant qu’une touffe de poils gris. Elle constata alors qu’elle était devenue un âne.

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