Giuseppe Arcimboldo, l’hiver, 1573

Je suis désormais un homme tout de fruits fait. Peut-être ne suis-je d’ailleurs plus un homme ? Des fruits prenant une forme humaine, peut-être, mais pas plus. Alors, ai-je perdu toute ma vie dans cette transformation ? Et d’ailleurs, quand me suis-je transformé ? Où ? Et surtout comment … ? Toutes ces questions me font tourner la tête … Mais en fait, des fruits sont-ils capables d’avoir mal ? Ressentent-ils la douleur, la joie, le bonheur ? Je n’y avais jamais pensé … Peut-être ai-je encore une part humaine en moi, qui me permet ces pensées ? M’a-t-on donné le pouvoir d’avoir ses pensées ? Est-ce qu’un homme m’aurait créé, pris d’une folie frénétique ? Ou bien est-ce la nature elle-même qui décida de faire de moi un être inhumain ? Suis-je mort et ceci ma punition ? Comment cela a-t-il commencé, je dois m’en rappeler …

Petit, je n’aimais pas les fruits, je prenais un malin plaisir à les écraser, les lancer ou les exploser. Sûrement m’en veulent-ils pour cela … S’ils pensent. Mais … Ces fruits sont gelés, les branches sur moi sont sèches, ne sommes-nous pourtant pas en été ? Depuis combien de temps ne m’étais-je pas éveillé ? Etais-je conscient lors de ma transformation ? Rien n’est moins sûr. Mais pourquoi ai-je encore cette forme humanoïde ? Ou alors, peut-être suis-je en réalité un assemblage de fruits ? Et seule mon imagination a créé des souvenirs humains que je crois réels … Mais, alors, qui suis-je ? Un homme ? Un fruit ? Un arbre ? Suis-je seulement quelque chose d’existant, ou suis-je seulement en train de rêver ? Je ne sais pas, mais je dois m’occuper de mes fruits, les pauvres, ils grelottent par ce froid ! Mes racines sont gelées, et mes feuilles tombées, comment puis-je les nourrir ? La terre est froide, sèche, gelée, jusqu’au plus profond lieu où mes racines peuvent puiser l’énergie nécessaire à mes enfants. Même le soleil semble froid, ses rayons passent sur mes branches sans que je puisse en extraire la moindre force pour mes enfants, mes fruits, si faibles … Pour eux, cet été, je serais le plus bel arbre de la forêt, et les ferais regorger de soleil !

Fichier:Giuseppe Arcimboldo - Winter, 1573.jpg

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