Icare

A l’aube d’une belle journée d’été, j’eus envie de découvrir pour la centième fois ce magnifique paysage qu’est le ciel. La beauté de ce ciel rose, bleu, parfois même, suivant l’endroit, parsemé de taches orangées ou rouges était éblouissante. Je ne me lassais pas de regarder cette étendue azurée, qui chaque jour est différente, le ciel a la diversité des plus beaux paysages, et la chance de se réinventer chaque jour. C’est comme une grande toile mais chaque jour une personne différente peint dessus, et s’invente son ciel. Pour certains ce n’est que l’enveloppe de la terre  que l’on voit en levant la tête, pour d’autres, des gens comme moi, c’est la plus magnifique des toiles au monde. Le soir, cette étendue, ce couloir noir, devient moins effrayant quand il est allumé de ce halo de lumière que lui prodigue la lune, et parsemé par ces milliers d’étoiles scintillantes. J’aimerais pouvoir faire un voyage de nuit dans les cieux avec les oiseaux, ces êtres magnifiques, élancés et qui sont pourvus de la plus belle des choses, de la chose que je rêve de posséder : des ailes. Depuis mes dix ans je me suis découvert cette passion pour la voie céleste, je sombre petit à petit dans la plus profonde des mélancolies, dans deux jours j’ai dix-huit ans et l’envie d’une fête avec mes amis ne me donne même pas ne serait-ce que l’ébauche d’un sourire. Depuis mes dix ans je ne pense qu’à cela, ce rêve dont j’ai rêvé des milliers de fois : faire ce voyage dans le ciel pourvu d’ailes blanches. Je me sens triste de savoir qu’à mon réveil je reviendrai les deux pieds sur terre dans la dure réalité. Mon rêve s’est envolé. Je sais qu’à 18 ans croire à ces rêves d’enfants peut paraitre puéril, dénué de bon sens mais ce rêve que j’ai fait des milliers de fois j’ai l’intime conviction que si (comme je le fais depuis que je suis âgé de 10 ans) je continue de croire en lui il se réalisera. Toute ma famille m’a renié, ils m’ont pris pour un illuminé, ils se moquent ouvertement de ce qui est la chair de leur chair , ce qu’il ont un jour considéré comme leur fils, leur frère, aujourd’hui à leur yeux je ne suis plus que celui qui pourrait être une autruche, cet oiseau qui possède des ailes mais reste bêtement les deux pieds sur terre car il ne sait pas se servir de ce don qui lui a été donné par Prométhée. Je vous dis toute ma famille mais il me reste un seul soutien mon père , cet inventeur génial du nom de Dédale, sûrement aussi illuminé que moi aux yeux des autres…

Voilà aujourd’hui j’ai 18 ans est en me réveillant je me suis senti triste et las pour la seule et unique raison qu’une fois de plus je me réveillai sans ailes… Mais ce matin-là en me levant je trouvai mon père dans un état euphorique, cet état dans lequel il tombait lorsqu’il venait d’inventer. Je lui demandais alors ce qui le rendait si joyeux, il me répondit que je devais faire preuve de patience comme je le faisait depuis 8 ans. Un espoir germa alors dans mon esprit, avait-il réussi à réaliser mon rêve ? Je ne voulus pas me faire de faux espoir alors je décidai d’occuper ma journée comme à l’habitude. Aux alentours de 14 heures, je me reposais, allongé sur l’herbe en contemplant la vaste étendue bleue qui se présentait à moi et ayant pour seule compagnie le chant des oiseaux. Soudain mon père m’appela. En me présentant à lui, j’étais animé d’un espoir si grand que si ce n’était pas mes ailes, ces ailes que j’attendais, je pensais que la déception serait si grande que je me laisserais dépérir jusqu’à ce que la mort m’emporte. Mais là quelle ne fut pas ma joie de voir mon père orné d’ailes blanches et tenant à la main une autres paire m’étant destinée. Le bonheur m’envahit quand mon père me passa cet ornement et que je sentis sur mon dos le doux poids de ces plumes. Il m’expliqua alors ce qu’engager ce droit de voler a ces cotés, je devais rester à une distance respectable du soleil car les plumes étaient soudées entre elles à la cire, et je devais le suivre et ne pas partir dans une expédition de découverte avant d’avoir apprivoisé ce don. Ça y est, nous avons pris notre envol, à la première bouffée d’air que j’avalais j’eus l’agréable impression que cela faisait des lustres que je n’avais pas respiré un air aussi pur. Je me sentais enivré d’une liberté interdite et j’eus l’impression de jouir d’un plaisir exclusivement réservé aux êtres divins et aux oiseaux. Puis après une heure de promenade nous redescendîmes sur la terre ferme. J’étais encore chamboulé par ce voyage quand mon père me fit promettre de ne jamais voler sans son accord. Je lui en fis la promesse . Le soir j’eus du mal à m’endormir, et au petit matin je ne pus résister à un voyage dans l’aurore de cette journée d’été. Je me pourvus alors des ailes et pris mon envol, j’étais si euphorique que je pris une vitesse folle, et je continuai de monter vers les sommets inaccessibles, je pus voir de près cet astre magnifique qu’est le soleil… Peut-être un peu trop près, car tout-à-coup je sentis mon rêve fondre, dans mon dos je sentis un courant d’air emporter ce que j’avais de plus beau et je réalisais que, à m’être laissé emporter par mon bonheur je provoquais ma perte et le malheur de mon père quand il trouverait son fils à terre, mort , pour ne pas avoir respecté ses règles. Je me dis que j’allais tomber de ce ciel dans peu de temps mais pour  mieux y remonter et rejoindre la céleste voûte des étoiles.

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