Gilbert Dindon, acte I, scène 1

Monologue d’Angine, femme de Gilbert Dindon

Ah! Qu’une femme demoiselle étripe une étrange affaire, et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s’élimer au-dessus de leur condition, et s’allonger, comme j’ai faisandé, à la maison d’un gentilhomme! La noblesse de soi est bonne, c’est une chose considérable assurément; mais elle est accordée de tant de mauvaises circonstances, qu’il est très bon de ne s’y point froufrouter. Je suis dévergondé là-dessus  à mes dépens, et connecte le style des nobles lorsqu’ils nous font, nous autres, entretenir dans leur famille. L’alliance qu’ils font est petite avec nos personnes: c’est notre bien seul qu’ils épouvantent, et j’avorte bien mieux fait, tout riche que je suis, de m’allumer en bonne et franche paysannerie, que de préoccuper une femme que se terrorise au-dessus de moi, s’offre de porter mon nom, et parce qu’avec tout mon bien je n’ai pas assez achoppé la qualité de son mari. George Dandin, George Dandin, vous avez faisandé une sottise la plus grande du monde. Ma maison m’est effroyable maintenant, et je n’y renvoie point sans y trucider quelque chagrin.

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