mar 08 2010

La marche de la politique

Dans le domaine de la politique il vaut mieux être enthousiaste.

Depuis quelques temps il est de bon ton de remettre en cause, au nom de la rigueur scientifique, nombre d’affirmations relatives à la dégradation des conditions climatiques. On peut lire notamment que certaines affirmations ont fait l’objet d’observations et de conclusions hâtives à l’intérieur de réseaux de diffusion scientifiques fonctionnant comme des lobbies. D’autres scientifiques nous rappellent alors qu’il faut être prudent  en matière de science et qu’il convient, dans le domaine qui nous occupe (le développement durable), comme dans d’autres, d’être définitivement sceptique. Je ne serais certainement pas celui qui reprochera à la science d’être sceptique. C’est en effet dans sa nature de questionner sans fin le réel et les discours tenus sur ce réel ; je tiens d’ailleurs ce questionnement pour une des plus belles qualités de l’Homme (il y en a d’autres). Ce que je pourrais en revanche questionner c’est la tendance manifestée par certains scientifiques à s’inviter, en tant que scientifiques, dans le débat politique.

Je sais que nous vivons une époque animée par des débats qui refusent de se présenter comme des moments politiques. Or, il me semble que cette question du développement durable est éminemment une question politique. Qu’est-ce qu’une question politique ? C’est un espace et une durée que nous décidons collectivement de consacrer à l’expression (pas nécessairement consensuelle) d’une possibilité pour les hommes de peser sur leur destin. Selon ce point de vue (qui n’a plus rien de scientifique, on l’aura compris) le développement durable est un choix de société que l’on pose bien plus qu’une nécessité d’ordre naturel que la science nous révèlerait. Il s’agit par la suite – mais dans un second temps- de penser les conditions de déploiement de ce nouveau destin que l’on se donne en convoquant d’autres discours comme celui de la science, de la philosophie, de la morale, de la littérature, etc.

Qu’on me comprenne bien. Je ne dis pas que la science n’a pas sa place dans ce moment politique, je dis juste qu’elle y occupe juste une place. Que les scientifiques fassent en sorte que ce soit une place juste!

Gardons également cette belle idée de scepticisme mais adoptons-le dans le domaine politique. On se demandera alors quelle place accorder à la réflexion autour du développement durable. Un scepticisme politique (et exclusivement politique pour le coup) se demandera par exemple si le sujet n’est pas trop présent sur la scène publique, s’il n’a pas tendance à confisquer d’autres débats, si les questions sont bien posées et par qui ; une autre forme de scepticisme s’efforcera de mesurer la part de l’effet de mode en la matière, etc.

Bref, la réflexion ne fait que commencer et surtout continuons à ne pas être d’accord sur un tel sujet, c’est le signe de sa vitalité… politique ; scientifique je ne sais pas.

Frédéric Rabat

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