LA LÉGISLATION DE L’AVORTEMENT: UNE VICTOIRE POUR LES IRLANDAISES!

Un pays très conservateur

La Constitution irlandaise a longtemps été influencée par l’Eglise catholique. Le 8e amendement en 1983 affirmait que «L’Etat reconnaît le droit de l’enfant à naître et, avec le même égard, le droit à la vie de la mère.» L’interruption de grossesse volontaire était donc interdite, ce qui faisait de l’Irlande est des pays les plus restrictifs d’Europe.

Cette loi poussait les Irlandaises à quitter le pays pour subir une IVG (principalement au Royaume-Uni). Il ne faut pas oublier que, dans ce cas,  ce sont souvent des jeunes femmes seules et effrayées qui doivent partir à l’étranger par leurs propres moyens et souvent sans protection, ni soutien familial. Elles peuvent aussi utiliser des méthodes alternatives, par exemple en commandant des pilules sur Internet. Ces méthodes sont souvent dangereuses et le coût d’un avortement à l’étranger est élevé. Elles peuvent également avorter illégalement, mais ce sont les avortements qui présentent le plus de dangers et ceux qui peuvent mettre en péril leur santé et parfois même leur coûter la vie. De plus, un recours illégal à l’IVG est passible de 14 ans de prison pour celles qui braveraient la loi, cela même en cas de viol, d’inceste ou de malformation du fœtus, jusqu’en 2013.

 

Pour que la législation évolue, il aura fallu attendre le scandale soulevé par la mort d’une jeune femme s’ayant vu refuser une IVG. Ce fait divers avait alors fait beaucoup faire réagir l’opinion publique et notamment le mouvement pro-avortement.  L’acte a alors été autorisé, mais s’est limité aux cas où la vie de la mère est en danger, y compris en cas de risque suicidaire. Chaque année, des milliers d’Irlandaises se sont donc rendues dans un pays voisin pour pouvoir avorter.

 

 

Un premier pas vers la libération des femmes

Le Premier ministre Leo Varadkar avait annoncé en janvier 2018 l’organisation d’un référendum sur la législation du droit à l’avortement suite à la montée de plus en plus importante du mouvement pro-avortement dans le pays. Le ministre irlandais de la Santé Simon Harris, a indiqué qu’il soumettrait une loi visant à mettre en œuvre le droit à l’IVG au gouvernement. Dublin avait annoncé, en cas de victoire du « oui », son intention d’autoriser l’IVG sans conditions jusqu’à 12 semaines, ou jusqu’à 24 semaines dans des cas exceptionnels, notamment quand la vie de la mère est menacée.

Pour montrer leur soutien à la campagne, des personnalités ont tourné une vidéo demandant au public de «voter oui le 25 mai pour une Irlande plus compatissante». Publiée le 7 mai, elle a été visionnée des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. On peut voir des célébrités irlandaises comme Cilian Murphy («Peaky Blinders»), Saoirse Ronan («Lady Bird»), Caitriona Balfe («Outlander»), Liam Cunningham («Game of Thrones»), ainsi que de nombreuses personnes, qui ont pris la parole en faveur du référendum pour le droit à l’IVG.

Lors du référendum, les Irlandais ont approuvé à une majorité de plus de 66%, le 25 mai, la libéralisation de l’avortement par référendum, créant un nouveau séisme culturel dans cette petite république de 4,7 millions d’habitants, trois ans après la légalisation du mariage homosexuel. La consultation posait précisément la question de l’abrogation du 8e amendement de la constitution irlandaise, qui en 1983 gravait dans le marbre le tabou de l’avortement en Irlande. Il est désormais remplacé par le 36e amendement ouvrant le droit à l’IVG. Ce projet de loi est adopté par le Parlement irlandais le 13 décembre 2018.

 

Une Europe qui donne de plus en plus de droit aux femmes

Jusqu’en 2018, l’Irlande était un des rares pays à ne pas autoriser l’avortement, seulement dans certains cas très graves comme le viol, l’inceste ou la malformation du fœtus, ce qui est aussi le cas de la Pologne. Contrairement à ce que l’on peut voir sur la carte, la situation a très récemment évolué pour Chypre, où l’avortement est autorisé jusqu’à 16 semaines sans besoin d’un justificatif médical, et peut aller jusqu’à 19 semaines en cas de viol ou d’inceste.  Malte reste désormais le seul pays à interdire l’avortement, et ce dans n’importe quel cas.

Le Royaume-Uni et la Finlande obligent les femmes désirant avorter à obtenir une autorisation. Les femmes britanniques doivent ainsi frapper à la porte de deux médecins pour avoir le droit à une IVG pour raisons médicales ou sociales. En Finlande, l’avortement n’est théoriquement possible que sous certaines conditions (avant 17 ans, après 40 ans, après quatre enfants ou en raison de difficultés financières, de difficultés sociales ou de problèmes de santé), mais est en pratique obtenu sans grande difficulté.

L’Europe reste tout de même une région du monde très avancée sur le droit des femmes car on compte une majorité des pays qui autorise l’IVG. L’évolution des mœurs et une société qui se modernise de plus en plus ont permis une émancipation des femmes dans certains domaines, et des droits faisant évoluer leur statut social. La France est d’ailleurs un des pays précurseurs du droit à l’avortement depuis l’adoption de la loi Veil en 1975, plus de 40 ans avant que l’Irlande finisse par adopter la loi autorisant l’avortement !

Romane B, Sara V.

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