Déc 17 2013

Les crocs de l’enfance

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Je m’appelle Jules et j’ai dix ans, j’ai beaucoup d’amis mais ceux avec qui je joue le plus, c’est ma cousine Lili et Scott, mon meilleur ami.

Depuis qu’on a six ans, notre maman s’appelle Emma, elle est blonde comme moi et assez petite, elle est très gentille. Avec elle on a appris beaucoup de choses et on s’amuse. On a un autre papa aussi, Yves !

Lui il ne nous fait faire que du sport. Souvent c’est en forêt qu’il nous emmène courir.

Un jour, Yves et Emma, pour la première fois, nous emmenèrent ensemble en forêt, dans une partie jusqu’alors inconnue. Chouette, j’allais découvrir de nouvelles odeurs. Peut-être le musc du sanglier, ou l’odeur aigre de la musaraigne, dont m’avait tant parlé Scott. Le froid permettait de mieux humer l’air. Malheureusement, il se mit à pleuvoir, ce qui gâcha l’intérêt de la promenade.

Au bout d’un quart d’heure sous une pluie battante, mes deux parents nous ordonnèrent de nous asseoir et de ne pas bouger en disant qu’ils allaient se cacher. Ils nous appelleraient pour qu’on les cherche.

Nous nous assîmes, tout frétillants dans l’attente de l’appel. Cependant au bout d’une demi-heure, rien. Je pensais qu’on n’avait pas dû entendre l’appel. Je partais alors à la recherche d’Emma et d’Yves, mais la pluie avait effacé toutes les traces.

Scott et moi commencions à nous inquiéter : que leur était-il arrivé ? Lili, insouciante, jouait avec un bâton. Je courais dans tous les sens jusqu’à ce que j’heurte des fils métalliques qui formaient une barrière infranchissable. Je poussais plus fort, mais rien à faire, l’obstacle ne bougeait pas.

C’est alors que nous entendîmes une branche craquer et… cette odeur : un rappel aigre de mon enfance, indéfinissable. Au même instant, une femme très grande et très vieille s’approcha de nous. Son visage ridé, barré par un sourire figé, ces yeux plissés par un mélange de haine et d’amour, tout me hérissait le poil. Elle s’exclama, sur un ton doucereux : «Oh! Mes pauvres chéris, qu’est-ce que vous faites là! Suivez votre tata.»

Nous hésitions. Une friandise jetée par la femme acheva de nous convaincre. Il faut dire que nous étions affamés. Je suivais ses grands pas, de plus en plus machinalement. Soudain, je sentis mes membres s’engourdir…

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