Déc 17 2013

Jojo

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Comme tous les mercredis matin, un petit garçon chétif, maigrelet et timide de neuf ans, vêtu d’un survêtement trop court, avec des baskets usées et trouées sur les côtés, surnommé Jojo par ses propres parents, partait s’entraîner au tennis, à vélo. Ses parents l’auraient bien conduit en voiture, mais ils n’avaient pas assez d’argent pour s’en payer une. Le peu qu’ils économisaient, il le gardait pour payer les entraînements de Jojo. Ce dernier adorait le tennis et il voulait devenir « tennisman » professionnel.

Le club de tennis avait même eu la possibilité, une fois, de transporter les jeunes adhérents au tournoi de Rolland Garros à Paris. C’était un rêve pour Jojo. La chance lui avait souri lorsque Pet Sampras, meilleur joueur du moment, s’était approché de lui et lui avait signé un autographe.

Sur son vélo, Jojo savourait ce souvenir qui lui réchauffait le cœur, mais pas le bout des doigts : il gelait à pierre fendre, ses parents n’avaient pas pu lui acheter des gants. Brusquement, la roue avant de son vélo glissa sur la neige. Il tomba et entendit dans son sac à dos un bruit horrible : sa raquette était cassée !

Il continua à pied, jusqu’au club. Des enfants qui bavardaient devant le club de tennis éclatèrent de rire et lui crièrent : «Bon à rien! Pas de raquette, pas d’entraînement ! » Et Jules, que Jojo détestait, lui répéta, comme à l’accoutumée : « Alors, le crasseux, la douche, c’est pour quand ? Il te reste du noir. » Jojo ne comprenait pas, il était pourtant propre ! Il baissa la tête, encaissant, comme chaque fois, les quolibets des autres joueurs. Ils s’en prenaient à lui, en l’insultant et en l’humiliant. Un jour, même, ils lui avaient fait barrage, l’empêchant de rentrer. Ils l’avaient également poussé. Les enfants ne supportaient pas que Jojo fasse du tennis.

Le concierge du club aperçut Jojo qui avançait, son vélo dans une main et sa raquette cassée dans l’autre. «Eh bien, que t’arrive-t-il mon garçon?

-Bonjour monsieur», mais il ne répondit pas à la question et continua son chemin. « Il est bien courageux, ce garçon.», pensa le concierge.

L’entraînement n’avait pas encore commencé. Le concierge arriva sur le terrain de tennis et dit : «Votre entraîneur ne viendra pas aujourd’hui, vous faites des équipes et vous jouez une heure, après, vous pourrez rentrer chez vous».

«Moi, je fais équipe avec Rico, dit l’un.

-Moi, avec Mathieu.», dit un autre.

Et Jojo, avec personne. D’habitude, l’entraîneur se mettait avec lui, aujourd’hui il n’était pas là et en plus il ne pouvait pas lui prêter de raquette, alors que faire? Cette fois-ci, il était seul. Comment jouer seul au tennis, et sans raquette ? Jojo, les larmes aux yeux, décida de partir et de rentrer à la maison.

Il poussa la porte de chez lui. «Qu’as-tu, mon Jojo?», demanda sa maman en le voyant pleurer. Frigorifié, en larmes, l’enfant se jeta dans les bras de sa mère. «Je vais arrêter le tennis.» Il donna quelques explications. Confuse, la mère découvrait avec horreur que son fils était victime de harcèlement.

Quelques années plus tard, Jules alluma son poste de télévision…

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